Humeurs

Les jolies colonies de vacances

En juillet, ça fera 13 ans. 13 ans que j’ai mis les pieds pour la première fois dans cette colonie de vacances, en plein milieu des volcans. J’avais 14 ans, et cet été là, alors que je débarquais avec 2 de mes meilleures copines, j’étais loin d’imaginer la place qu’allait avoir cet endroit dans ma vie.

J’y ai passé deux étés comme colon. Été 2006, été 2007. Surement les vacances les plus chouettes de ma vie. J’aurais aimé en passer encore un ou deux mais… j’étais trop vieille. J’avais dépassé l’âge limite. J’ai gardé contact avec les copains que je m’étais fait là-bas, et avec les anims aussi. Y’avait MSN, les cartes postales. Puis à 17 ans j’ai passé mon BAFA. En aout 2010, un anim avec qui j’avais gardé contact m’a rappelé (qui se reconnaitra en passant par-là). Il travaillait toujours au centre et savait que je cherchais un stage, coup de chance, il manquait quelqu’un pour compléter une équipe. 10 jours plus tard je débarquais de nouveau au milieu des volcans. Comme anim’ cette fois, et ça allait être fou.

J’ai vite compris pourquoi les anims revenaient d’une année sur l’autre. J’ai vite compris pourquoi les anims qui m’avaient eu comme gamine étaient encore là, cet été là. Pour les mêmes raisons qui font qu’à mon tour, je suis revenue, encore et encore.

Être anim’ en colo, c’est vraiment un truc particulier. Je crois sincèrement que c’est le genre de chose qu’on ne comprend que quand on le vit. Pendant deux semaines, un mois, tout un été même parfois, on vit ensemble, h24. Avec une centaine d’enfants qui rient, crient, pleure, courent partout, et une vingtaine d’adultes qui en fait, ne sont eux aussi que de grands enfants. On bosse 20h sur 24h, on n’est jamais tout seul. On est un peu coupé du monde, on vit dans une bulle. Et dans cette bulle, tout est décuplé. Les sentiments, les émotions, les relations. On s’attache plus vite, on rit plus fort. C’est si particulier, et si complexe à expliquer.

J’aime bien dire que les colonies de vacances c’est l’école de la vie. Quand on est colon, on part sans ses parents, on apprend à vivre en collectivité, à s’adapter, on découvre des endroits, des choses, des gens différents. Et quand on est anim’ aussi on apprend. Tellement. Dans notre colo, les enfants viennent de plein d’horizons différents. Mais beaucoup ont des histoires et des parcours compliqués. Des gamins trimballés de foyers en familles d’accueil, qui ont vu et vécu bien trop de choses difficiles pour leur si jeune âge. Et bien je peux vous dire que ces petits bouts, qu’ils aient 6, 8, 10 ou 15 ans, m’ont sacrément appris. Ils nous ont épuisés, éreintés, fait pleurer même parfois, mais je suis persuadée que je ne serai pas celle que je suis aujourd’hui si je n’avais pas croisé leur route.

Été après été, cette colo, c’est devenu notre chez-nous. À moi et à toute cette bande d’anims qui sont devenus mes amis. Une deuxième maison qu’on avait hâte de retrouver chaque année. Où on avait hâte de se retrouver. On connaît chaque recoin du centre, chaque bruit, chaque odeur. Les graviers de l’allée sous nos pieds, les portes qui grincent, les parquets des chambres qui craquent. L’odeur si particulière de chacun des bâtiments, de la lessive à la lingerie, de la terre humide dans le sous-bois au fond du parc. Le goût de l’eau du robinet, du jus d’orange dégueu du petit déj’, de la truffade de la cantine. On connaît tout, par coeur.

J’ai tant de souvenirs de tous ces étés, j’ai vécu tant de choses dans ce centre. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai crié, j’ai râlé, j’me suis endormie sur des tables, dans les couloirs, dans l’car et sur les lits des enfants, j’me suis déguisée en tigre, en Calamity Jane, en Minion, en pokémon et même en vache. J’me suis fait des bleus, des égratinures, des entorses. J’ai porté des joggings troués, des k-way froissés et des casquettes moches. J’ai consolé des chagrins du soir et des chagrins d’amour, j’ai soigné des petits bobos et essayé de panser des blessures un peu plus profondes. J’ai fait de l’escalade, du chien de traîneau, de la danse, du VTT, de la luge d’été, du kart et même du poney. J’ai mangé plein de truffade, un millier de tranches de saucisson et des dizaines de chamallows grillés. J’ai dormi dans des lits trop petits et dans des tentes qu’on n’arrivait pas à replier, j’ai chanté Camille la Chenille, Un Régiment de Fromage Blanc et la Petite Clémentine des milliards de fois. J’ai fait de la peinture, du collage, du découpage, j’ai fabriqué des mobiles avec des bouts de bois, des photophores avec des pots de yaourt et des bonshommes avec des rouleaux de PQ. J’ai aidé à faire des lacets, à fermer des manteaux et à enfiler des chaussettes.J’ai fait des shampooing anti-poux, démêlés des cheveux et noué des tresses plus qu’approximatives. J’ai essayé de pêcher des poissons, j’ai fabriqué des cabanes, fait des randos sous la pluie et donner le biberons à des chevreaux. J’ai pué la transpi, le poney, le feu de camp, j’ai pris des douches de 2min50 habillage compris et fait des nuits de 4heures. J’ai fait des câlins, des bisous, et des combats de gilis, j’ai joué à chat-tortue, à Lucky Luke, au Loup Garou et à Singe Noix de Coco. J’ai fait des dizaines de blagues débiles aux autres anims, j’ai mis du dentifrice dans des Oréo, du chocolat en poudre dans des pommeaux de douche, du fromage qui pue dans des faux-plafonds. J’me suis fait les plus chouettes copains du monde. Ceux qu’on voit souvent, ceux qu’on voit moins souvent mais qu’on a toujours l’impression d’avoir quitter la veille. J’suis même tombée amoureuse.

Ça fait je ne sais combien d’été qu’on se dit « allez cette fois-ci c’est le dernier » et pourtant on peut pas s’empêcher d’y retourner. Je sais qu’y’en aura encore un dernier. Ou deux. Ou trois. On verra. Mais j’peux vous dire que cet endroit… j’suis pas prête de l’oublier.

Vraiment j’vous jure, être anim’ en colo, c’est une putain d’aventure ❤️

2 Comments

  • Reply
    Mathiilde
    17 mai 2019 at 9 h 54 min

    Un jolie texte et des jolies souvenirs ! Moi j’ai été colons et je suis devenue amie avec mes anims que je voient toujours bref ça reste !! Et avec le temps on garde que les bons souvenirs :)

  • Reply
    Myrtilla
    25 mai 2019 at 17 h 33 min

    Quel bel article ! J’ai aussi été 2 ans dans une sorte de colonie de vacances et j’ai trop trop aimé ! J’étais tellement triste au moment de partir que… j’ai pleuré. Et pourtant j’avais genre 16 ans ! J’en garde de supers souvenirs, merci beaucoup pour cet article, tu m’as fait y replonger dedans ! :D

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